07 juin 2026
Le marché du cannabidiol en Polynésie française se heurte à un véritable parcours du combattant réglementaire.
Première société à s'être lancée sur ce créneau au fenua en mai 2025, la SARL "CBD Tahiti", portée par Kahaia Baldéranis et Paul Hamard, vit des débuts extrêmement douloureux. Pourtant, les deux associés avaient pris le temps, durant deux mois, de consulter toutes les instances administratives (douanes, ARASS, DGAE, biosécurité) avant de valider leur première commande. Une prudence qui n'a pas empêché le fiasco : à l'arrivée, la quasi-totalité de la marchandise a été saisie ou bloquée. Si les produits cosmétiques ont fini par être libérés, les huiles sublinguales et les produits de vapotage ont dû être renvoyés ou détruits, engendrant près d'un million de Fcfp de pertes sèches dès le départ. Les co-gérants dénoncent un paradoxe total où la loi de pays de août 2024 ouvre officiellement le marché, mais où les administrations appliquent des règles contradictoires et inadaptées à la réalité du commerce international.
Interrogé sur ce flou artistique qui asphyxie les jeunes entreprises, le ministre de l'Agriculture, Tavini Teai, prône la patience et la prudence. Il met en avant une phase pilote de culture locale impliquant neuf agriculteurs pour tester le comportement des plantes sous le climat polynésien, tout en avouant que la coordination administrative reste à parfaire. Le calendrier gouvernemental est clair : pour obtenir un cadre juridique parfaitement maîtrisé et définitif, il faudra attendre les conclusions de cette phase de test prévues entre avril et juin 2027. Une éternité pour les professionnels de l'importation comme Kahaia Baldéranis, qui rappelle que la loi a été votée pour ouvrir le marché sous tous ses angles et qu'un amalgame persiste entre CBD et stupéfiants.
En attendant ces clarifications vitales, la boutique ne survit que grâce à ses fonds propres et à la commercialisation exclusive de ses gammes cosmétiques et de bien-être sportif enfin dédouanées.